La route

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La Route
De Cormac McCarthy, Editions de l’olivier, 02/2008, 245 p. € 21,00

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Difficile de faire autant avec si peu : Un homme, son fils, un caddie et la route. La route qui traverse un monde cramé. Tout est dit sur la 4°de couverture.
L’apocalypse a eu lieu. Vous ne saurez ni quand, ni comment, ni pourquoi. C’est une extinction majeure, comparable, ou pire, à celle du permien. Plus une bête sur la terre ni un oiseau dans les airs ni un poisson dans les mers. Peut-être un hypervolcanisme comme on le suppose au permien et comme Stephen Baxter l’a envisagé dans Evolution. Des cendres jonchent le monde, obscurcissent le ciel, refroidissent le climat. Plus rien, nulle-part, ne semble devoir pousser si ce n’est l’espoir qui les pousse vers le sud.
L’humanité réduite à presque rien mérite-t-elle encore seulement ce nom ? Un certain temps s’est écoulé depuis la catastrophe. Tout a été pillé, utilisé. Les ultimes survivants en sont réduits à s’entre-dévorer. A manger leur bébé rôti à la broche… Pour ceux qui, comme l’homme et son fils, n’ont pas encore régressé en-deça du plus ancien et fort tabou de l’humanité, il faut compter sur la chance. Parce que, quand l’heure de l’anthropophagie a sonné, comme le chantait les Stranglers, « même le Bon Dieu nous a laissé tomber ». Il faut trouver un « gisement » de conserves oublié… Quand, à la fin, le fils rencontre un autre homme, ils se parlent ainsi « A peu près ton age. Peut-être un peu plus./Et vous ne les avez pas mangés./Non./Vous ne mangez pas les gens ?/ Non. On ne mange pas les gens » (p. 242)
Le père puise dans son fils la force de mettre encore le pied gauche devant le droit, et encore. Sans le petit, il aurait déjà renoncé. Depuis longtemps. Le petit a foi en son père. Il croit qu’ils sont les « gentils » et qu’ils « portent le feu ». Tout un symbole : la dernière lueur d’humanité.
Le plus souvent, la SF postapocalyptique se conclut par une remise à zéro des compteurs et un nouveau départ. Rien de tel ici. Il n’y a pas vraiment d’espoir si ce n’est vraiment pas d’espoir. La Route est certes un récit désespéré mais il n’est toutefois pas aussi pessimiste que peu l’être Génocide de Thomas M. Disch. Dans cet univers en proie au mal et livré à la violence subsiste dans le cœur du petit une dernière once d’espoir, de foi en l’humanité. Toute morale n’a, malgré les circonstances dramatiques, pas encore disparu devant des impératifs de survie ravalant l’homme au rang d’animal affamé.

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La Route nous apparaît comme un journal impersonnel, à la 3° personne, sans date ni chapitrage. On est à la fin des temps. Peut-être même déjà aux Enfers où, quoique n’ayant rien à expier, l’homme pousse son caddie empli de vestiges de la vanité humaine devenus vitaux comme Sisyphe son rocher. « Il faut qu’on s’arrête, dit-il. /Il fait très froid. /Je sais. /Où on est ?/ Où on est ?/ Oui. /Je n’en sais rien. /Si on allait mourir, tu me le dirais ?/ j’en sais rien. On ne va pas mourir. » (p. 85) Tout au long de La Route, l’homme et son fils sont en butte au froid, à la pluie, à la neige, à la faim, à la peur, redoutant les rencontres. Cormac McCarthy réussi à rendre cette lente pérégrination vibrante et terriblement vivante. Si les gestes sont lents, lourds de fatigue, engourdis par le froid, la tension est permanente, extrême ; magnifiquement rendue par l’écriture dépouillée à l’instar du monde et de leur situation.

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« C’est un livre d’une grandeur exceptionnelle… Peut-être faut-il remonter jusqu’au Château et jusqu’au Procès pour trouver une interrogation aussi dramatique et aussi passionnée sur la raison de vivre et sur la fatalité du destin humain. » Ecrivait Marcel Brion non à propos de La Route mais du Désert des tartares de Dino Buzzati. Le roman de Cormac McCarthy diffère tant par la forme que par l’histoire mais les mots me font défaut pour formuler un propos aussi pertinent. Très dur, le roman n’en reste pas moins étonnamment facile à lire. L’énorme talent de McCarthy a réalisé la parfaite alchimie de l’écriture et du sujet.

©Jean-Pierre LION 2015

Petites remarques sur le lieutenant Blueberry

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Collectionneur de BD depuis un demie siècle, mes préférences sur le point de vue <<graphisme>> vont à Jean Giraud, et, en relisant les premiers tomes de cette glorieuse série, je remarque quelques dénominateurs communs entre le 6° volume << l’homme à l’étoile d’argent>> et 2 des classiques du western cinématographique : << Rio Bravo >> et << El dorado >>.

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En effet les 3 scénarios racontent à peu près la même histoire : le héros devenu shérif par la force des choses, aidé d’un poivrot, d’un jeunot et d’une belle pépée doivent défendre la prison contre une bande de pistoléros au service d’un riche propriétaire dont ils ont mis un petit frère ou un copain en tôle. Ce qui fait que Blueberry prend le rôle de John Wayne (dans les 2 films), Jimmy Mac Glure celui de Dean Martin (Rio Bravo) et de Robert Mitchum (El Dorado), le jeune Dusty (dans la BD) reprenait les rôles de Ricky Nelson (Rio Bravo) et James Caan (El Dorado) et Miss Kathy Marsh (dans la BD) reprenait le rôle d’Angie Dickinson (Rio Bravo). Comme dans les 3 cas, il s’agit de chefs d’œuvre, ont peu encore me faire plein d’autres remakes sur les mêmes bases, je ne suis pas prêt de m’en lasser.

Pourtant Jean Giraud, malgré son génie, a commis quelques erreurs graphiques que je me plais à vous faire découvrir, si vous ne l’aviez déjà pas remarqué vous-même :

– A la page 28 de l’album, Blueberry appose l’étoile de shérif adjoint au jeune Dusty, qui la regarde visiblement très heureux de la promotion qui vient de lui échoir. Hors, à partir de la page suivante, l’étoile à disparue de la poitrine du jeune homme. Je pense que certains lecteurs de l’hebdomadaire << Pilote >> ont certainement dû en faire la remarque à la rédaction. Aussi, à la sortie de l’album, le coloriste à dû rajouter, uniquement par une tache de couleur blanche en forme d’étoile sur la chemise, l’insigne manquant.

– Pour parler d’une erreur dans un autre album, << La piste des Navajos >>, page 31 de l’album, dans la troisième vignette, Blueberry, mac Glure et Pinto, vus de dos, ont la falaise, du côté droit, sur la vignette suivante, alors que nos 3 bonhommes sont vus de face, la montagne reste du côté droit alors qu’elle aurait dû, évidemment, se trouver à gauche.

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– Ma troisième remarque, ce n’est pas une erreur, mais une constatation. Dans << Le cavalier perdu >>, Blueberry qui vient, au péril de sa vie, de ramener le lieutenant Graig, reçoit comme récompense de Miss Dickson (qui doit être amoureuse de Graig) un gros bisou reconnaissant (page 17 de l’album). Celui-ci surpris, bafouille << heu…si j’avais su, je me serais rasé, Excumez-zoi >>. Ce, à quoi, le toubib du fort lui dit, dans l’hebdomadaire, << va dormir, mon garçon, tu es tout excumé >>. Mais dans l’album, le docteur ne renouvelle pas l’erreur verbale et dit << Tu es tout excusé >> des fois que le lecteur moyen n’aurait pas assez de neurones, pour piger que le médecin s’amusait du bafouillage de notre héros et commettait, volontairement, lui, la même erreur que Blueberry.

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Enfin pour résumé le personnage, souvenez-vous de cette échange d’amabilités entre Graig et Blueberry, à la page 39 de l’album << L’aigle solitaire >>, Blueberry dit << Alors Graig, toujours l’air de sortir d’un magazine de mode >>, ce, à quoi Graig répond : << Et vous, Blueberry, d’avoir passé la nuit dans une poubelle >>. Ça, c’est la touche d’humour, comme savait en glisser ce brave Jean-Michel Charlier dans les histoires les plus sérieuses voir dramatiques, ce qui plongeait lecteur, en fin de lecture, dans un état proche de l’euphorie comme à la sortie d’un film de Franck Capra.

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L’humour de Charlier, se retrouve surtout, dans les premières pages des Buck Danny, mais, ça, comme disait Ruydiard Kipling : << ceci est une autre histoire >> dont je vous parlerai  dans une autre << New letter >>.

En attendant je vous souhaite un plaisir identique au mien, à la relecture de ces merveilleux albums que je connais pourtant par cœur.

Patrice Frécinaux 2015

Berserk : Acte I – Les acteurs principaux de la saga

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Berserk (manga)

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Berserk (ベルセルク, Beruseruku) est un manga de dark fantasy de Kentaro Miura. Il est prépublié depuis 1989 dans le magazine Young Animal de l’éditeur Hakusensha, et 37 volumes sont sortis en mars 2013. Le rythme de sortie de chaque tome est long car l’auteur précise qu’il porte un intérêt tout particulier au soin des détails de chaque planche. La version française est éditée par Glénat et 36 tomes sont sortis au 2 janvier 2013.
Le manga a été adapté en série d’animation de 25 épisodes entre octobre 1997 et mars 1998 par le studio OLM. Une trilogie de films d’animation produite par Studio 4°C est sorti entre 2012 et 2013.

Étymologie

Chez les Vikings, les Berserker sont des guerriers inspirés d’une rage divine.
L’adjectif berserk existe encore de nos jours en norvégien, par exemple dans l’expression en berserk viking, « un guerrier forcené ». « En berserk man », c’est un homme frénétique, voire un amok ; ainsi qu’en anglais où il se traduit simplement par « fou furieux ». Ce côté « forcené » peut être inspiré par un dieu, mais aussi provenir d’un désir de vengeance tellement violent qu’il ôte tout sentiment à celui qu’il affecte. Certains fantômes nordiques sont des berserkir.
Pour une possible source d’inspiration de ce titre, voir la page Berserker. Le dessinateur cite également les romans d’heroic fantasy de la série Guin Saga comme des ouvrages influençant son œuvre.

Univers de Berserk

Le manga comme la série animée se déroule dans un univers médiéval fantastique, avec quelques éléments inspirés du XVIIIe siècle (les costumes de Griffith devenus comte évoquent vaguement ceux de Lady Oscar), voire de la culture mormone du XIXe siècle le costume du « noble » qui a enlevé Casca peut faire penser à ceux des mormons de The Scarlett Letter de Nathaniel Hawthorne). Cependant, au niveau des techniques militaires, divers éléments font penser à une action se déroulant dans une période similaire à celle du milieu du Xve siècle : l’utilisation des trébuchets et de canons primitifs sur les champs de bataille, l’absence d’arquebuse et la fin d’une guerre centenaire entre les royaumes de Midland et Tudor qui n’est pas sans rappeler la guerre de Cent Ans.

Les protagonistes de l’histoire sont Guts (personnage principal), un jeune mercenaire à la vie massacrée avant de l’avoir commencée, et les membres de la Troupe du Faucon qui le recueillent : Judo, Rickert, Pippin, Casca (la fille de l’équipe) et surtout, Griffith, un personnage extrêmement ambigu qui fascine ses pairs. Possesseur d’un pendentif appelé « Béhélit » ou « l’Œuf du Conquérant », Griffith est ainsi animé d’une ambition surnaturelle. La série animée (retraçant une partie de l’histoire des tomes 1 à 13 du manga) débute par un flash-back qui durera tout au long des 25 épisodes : il s’agit de l’histoire de la rencontre de Guts, héros tourmenté, et de Griffith, chef de la Troupe du Faucon, une bande de mercenaires à la solde du royaume de Midland. De cette rencontre naîtra une amitié ambiguë, mais néanmoins efficiente : la présence de Guts, guerrier à l’épée démesurée, se révélera vite indispensable à l’ambition du jeune Griffith, bretteur et tacticien hors-pair. L’anime est ainsi le récit de l’ascension et de la chute de la Troupe du Faucon, et de la relation entre Guts et Griffith, particulièrement complexe, entre relation d’intérêt (Griffith utilise la force de Guts), respect mutuel (les deux se considèrent mutuellement en tant que soldats), et affection profonde (chacun a besoin de la présence de l’autre de façon inexplicable).
Particulièrement crue, la série animée l’est pourtant moins que le manga qui se montre sans concession dans sa façon de présenter les choses : la religion, la pédophilie, l’infanticide, l’inceste, le viol et les nombreux massacres renvoient une image particulièrement sombre de l’âme humaine, dont Griffith est à ce titre le plus parfait représentant. En filigrane apparaît donc une réflexion sur l’homme, partagée entre sa monstruosité (les monstres étant une représentation physique de la part d’ombre qui sommeille en chaque homme), sa violence (le monde de berserk est un monde ravagé par plusieurs guerres), son ambition (illustré à merveille par le rêve et le machiavélisme de Griffith), ses désirs (notamment sexuels), et la volonté inhérente à tous de rechercher à faire le bien, et ce parfois au détriment des autres.

Personnages

Guts (Berserk)

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Guts est le personnage principal du manga et de la série animée Berserk. Aussi appelé (selon l’oreille des spectateurs et/ou des commentateurs) Gatsu, Gatts…
En anglais, guts signifie « tripes », « entrailles ». Ce nom fait référence aux circonstances impitoyables de sa naissance, extirpé des entrailles de sa mère morte pendue à un grand arbre pour s’échouer dans une mare de sang et de chair, avant d’être recueilli par Sys, la femme du chef d’un groupe de mercenaires. C’est aussi une référence à une expression populaire anglaise sur le fait d’être courageux (to have guts, littéralement « avoir des tripes »).
Ce personnage fait très certainement référence à Götz von Berlichingen, dit « Gottfried à la main de fer », mercenaire et chevalier allemand du XVIe siècle, connu pour avoir porté, à la suite de la perte d’une de ses mains, une prothèse métallique fonctionnelle. Inutile de dire que le nom en est également fortement inspiré.

Son enfance

Sa vie commence mal puisqu’il est né d’une morte, pendue à un arbre. Il est alors recueilli par Sys, la femme du chef d’un groupe de mercenaires, qui meurt de la peste alors que Guts n’a que 3 ans. À 6 ans, il accompagne son père « adoptif », Gambino, chef des mercenaires, sur les champs de bataille et s’entraîne dur au maniement de l’épée. Cependant, Gambino le maltraite et pense, comme les autres mercenaires, qu’il porte malheur (car né d’une morte). Doté d’une force surprenante grâce à un rigoureux entraînement personnel, il participe à sa première bataille à l’âge de 9 ans et y tue son premier adversaire. Le soir de la bataille, Gambino « vend » Guts à un de ses mercenaires, Donovan, qui le violera. Un peu plus tard, alors que les mercenaires de Gambino attaquent un convoi de réfugiés, Guts profite de la confusion pour se venger de Donovan en lui tirant un carreau d’arbalète dans le cœur. Malgré les dires de Donovan, Guts ne veut pas croire que son père l’ait vendu. Deux ans plus tard, Gambino, ivre, tente de tuer Guts parce qu’il est, selon lui, responsable de ses malheurs (entre temps, Gambino se fit amputer d’une jambe, devenant ainsi une charge pour le groupe) et révèle que c’était bien lui qui l’avait vendu. De plus, il lui dit clairement qu’il ne vaut pas mieux qu’un chien, étant donné qu’un chien obéit et n’apporte pas de malheur. Choqué par cette révélation, Guts tue malencontreusement Gambino et doit fuir, pourchassé par les autres mercenaires. Il est finalement rattrapé, blessé par un carreau d’arbalète, et tombe du haut d’une falaise. Les mercenaires cessent alors les recherches, convaincu que Guts est mort. Bien que gravement blessé, il survit et est récupéré par des voyageurs.

Au sein de la Brigade du Faucon

Guts continue sa carrière de mercenaire et finit par être engagé après quelques déconvenues par un groupe nommé la « Bande du Faucon » : il est en effet battu par leur chef, Griffith, à qui il jure ensuite obéissance.
Griffith, dont l’ambition est sans limite, est persuadé que Guts est celui qui lui permettra de se hisser au sommet. En effet, Griffith, qui désire créer son propre royaume, a besoin d’un homme dont la force égale la sienne, Guts sera donc celui-là.
Guts enchaîne les victoires avec la Bande et finit par s’accommoder de cette vie en communauté. Il finit également par se réconcilier avec Casca qui considère qu’il faisait dévier Griffith de son but et lui en voulait pour cela. Guts et la Bande sont finalement adoubés chevaliers après la victoire contre l’Empire du Tudor, contre qui le Midland était en guerre depuis cent ans.
Guts décide toutefois de quitter les Faucons, les conseils de Zodd et ses propres sentiments lui disant de s’éloigner de Griffith. Celui-ci ne l’accepte pas et défie à nouveau Guts en duel, mais est battu.
Guts part donc du groupe, mais en apprenant que son ancien ami est capturé par le Roi, il rejoint à nouveau la Bande, désormais menée par Casca et ira le libérer, non sans avoir massacré la troupe des Bakiraka et celle de Wyald au passage.
Malheureusement, le Griffith qui sort des geôles du Roi n’a plus grand-chose à voir avec le Faucon d’autrefois, meurtri dans la chair et dans l’âme, il est complètement désespéré et ni Guts ni Casca n’arrive à le réconforter. La Bande trouvera finalement sa fin quand Griffith, acculé, libérera le pouvoir du Béhélit et l’offrit en sacrifice. Guts et Casca furent les seuls survivants (Rickert également du fait qu’il n’était pas avec la bande à ce moment-là), mais à quel prix ? Guts perdit son bras gauche, son œil droit et hérita d’une rage incommensurable contre son ancien ami ; Casca, elle, perdit la raison après son viol par Femto.
Désormais, Guts ne songe plus qu’à une chose : Griffith et comment se venger de lui. Il finit par être rejoint par l’elfe Puck, puis plus tard par Isidro, Serpico et Farnese, Schierke et bien sûr Casca.

Personnalité

Guts est donc présenté d’emblée comme un foudre de guerre impitoyable. Il s’agit d’un personnage très marqué par son enfance et par la violence ambiante dans laquelle il a vécu et dans laquelle il continue de vivre. Pour lui, le mercenariat et le combat font partie intégrante de son être et force est de constater qu’il ne sait rien faire d’autre.
Mais bien plus que cette empathie naturelle avec le combat, Guts est un personnage possédant une colère et une rage inexorable, rage qu’il tente d’enfouir au plus profond de son cœur pour ne pas faire du mal à ses proches, mais qui ressort immanquablement tôt au tard.
Par facilité, Guts est donc un personnage très solitaire. Après la victoire de la Bande du Faucon lors de la Guerre en Midland, il s’éloigne délibérément des seuls camarades qu’il n’a jamais eus, abandonnant Casca, Judeau et Griffith. Mais malgré tout, Guts n’arrive pas à évoluer seul, et c’est d’ailleurs l’origine de sa haine envers son ancien chef et seul vrai ami. Lorsque Puck se décide à le suivre, bien qu’il le menace de le tuer ou affirme qu’il n’a pas vraiment voulu le sauver, il ne peut le laisser s’éloigner. Une fois rejoint par Farnese, Serpico, puis Schierke, il se sent vraiment bien, avec des gens sur qui il peut compter et qui croient en lui, car il retrouve avec eux cette chaleur et cette camaraderie qu’il avait perdu.

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La Dragonslayer et l’Armure du Berserker

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La Dragonslayer (litt. Pourfendeuse de Dragon) est l’immense épée de Guts. Selon la légende, un roi désirait une épée si puissante qu’elle serait en mesure de tuer un dragon et passa alors commande de cette lame à Godo, le meilleur forgeron de l’époque. Godo forgea donc une monstrueuse épée ayant ce potentiel. Mais elle était si lourde et si imposante qu’aucun soldat ne parvint à la manier. Le roi prit cette création pour une insulte et bannit le forgeron et son épée. Guts met finalement la main dessus lorsqu’il se bat contre un apôtre chez Godo. En effet, sa propre épée se casse et l’apôtre le lance dans la pièce où est cachée la Dragonslayer. Celle-ci en main, Guts met en pièces son ennemi. Cette arme est probablement la marque de fabrique de Guts. Selon les différents observateurs, la Dragonslayer ressemble davantage à une plaque de fer, qu’à une épée. Un peu plus tard, Schierke remarque que l’arme exhale une aura de mort et qu’elle est proche d’une lame démoniaque. Parce que la Dragonslayer a abattu un grand nombre d’apôtres, elle s’est imbibée de leur sang surnaturel, et est en quelque sorte devenue leur Némésis, à tel point que cette lame est capable de trancher les créatures surnaturelles les plus puissantes et de dévier des coups et des attaques qui briseraient les murs d’une forteresse sans subir aucun dommages.
L’armure du Berserker apparaît assez tard dans le manga (tome 26), c’est un cadeau d’adieu de Flora à Guts. Cette armure était autrefois la propriété du Skullknight et c’est lui qui a désiré voir Guts la porter. L’armure est très résistante bien sur, mais elle permet aussi des actes surhumains. En effet, si le porteur ne se maîtrise pas mentalement, la puissance maléfique de l’armure prend le dessus et décuple la puissance de son porteur au prix d’intenses douleurs et d’une certaine perte de contrôle. Lorsque Guts est pris d’une rage incontrôlable, le casque de l’armure se rabat, symbole du côté sauvage et de la violence aveugle du guerrier (le casque a d’ailleurs l’allure de la tète de la Bête, le démon intérieur de Guts). Lors de durs combats, l’armure anesthésie son porteur, ce qui lui permet de se battre plus longtemps, mais au péril de sa vie, puisqu’une fois l’effet stoppé, le porteur peut mourir d’épuisement (s’il a trop poussé le combat) ou d’une perte de sang trop importante. Une fois activée, l’armure permet à Guts de se battre sans se fatiguer, mais c’est à double tranchant. De plus, l’armure a tendance à faire remonter les sentiments et émotions les plus noires à tel point qu’elle change radicalement la perception du monde extérieur aux yeux du porteur qui ne voit qu’ombres menaçantes et bêtes difformes, ce qui le pousse à attaquer à vue toute menace.
Seul Schierke est capable d’atteindre la conscience de Guts qui est protégée par une rune de protection apposée par la Sorcière Flora pour protéger son Être de la tourmente incessante de haine et de peur qui habite l’armure. De ce fait, elle peut ramener Guts dans un état conscient où il contrôle partiellement les pouvoirs de l’armure, cela au prix d’un immense épuisement physique pour Schrieke.

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Griffith (Berserk)

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Le prénom « Griffith »

Le prénom « Griffith », très fantasy, évoque le griffon des légendes (Griffin en anglais); dans l’épisode 10 du dessin animé, cette référence fait sens puisque l’entretien entre Griffith et la princesse Charlotte, au cours duquel Griffith révèle sa conception du « rêve » et de l’amitié, se déroule au pied d’une fontaine sculptée en forme de griffon. Le Griffon étant une chimère, cela laisse présager que les fameux « rêves » de Griffith ne sont aussi que chimères.

La personnalité de Griffith

Dans l’anime comme dans le manga, Griffith est le fondateur et commandant de la Brigade des Faucons, la troupe de mercenaires qui accueillera Guts (bien qu’à la base il s’agit plus d’un groupe de bandits). Génie de la guerre et de l’épée, agile et gracieux, charismatique, doté d’une beauté androgyne surhumaine, Griffith constitue l’un des grands mystères de l’œuvre et avec Guts et Casca, un des piliers de Berserk.
Dans l’épisode 12 de la série (volume 7 du manga), Casca décrit parfaitement l’ambiguïté du personnage en opposant le « vrai » Griffith, au cœur pur et au sourire d’enfant, à un Griffith « corrompu », qui se révélerait plus nettement au contact de Guts. En fait, le flash-back de Casca révèle que cette « corruption » remonte déjà aux débuts de la Brigade des Faucons. Griffith est un personnage altruiste, animé par l’idéal du « rêve » auquel chaque homme digne de ce nom devrait consacrer sa vie, mais également dévoré par l’ambition liée à la réalisation de ce rêve qu’il veut atteindre – sans doute sous l’influence de son pendentif, le Béhélit qu’une vieille femme lui aurait « confié » à l’âge de 9 ans (mais cela est remis en question par les dires de Zodd, qui annonce à Guts que le Béhélit est lié à son destin et qu’il est une part de lui qu’il ne pourra jamais perdre). Griffith est animé d’un noble sentiment (accomplir son rêve, à savoir fonder son propre royaume), mais le chemin qu’il doit prendre pour réaliser son rêve n’est pas aussi innocent que ce dernier, et cela le fait souffrir (il est tiraillé entre deux choix : ne plus faire de morts — ce qui revient à mourir brisé, sans rêves — ou continuer son chemin vers la réalisation de son rêve).
Dans le volume 9, il est totalement détruit par le départ de Guts et ne sait plus quoi faire. En effet, le jour où il vit pour la première fois ce guerrier invincible, les premiers mots qui lui vinrent aux lèvres furent « Je te veux ». Peut-être par réelle attirance, très certainement par ambition, Griffith n’avait jamais su se passer de son meilleur guerrier et ami. Précipitant maladroitement l’accomplissement de ses plans, il a la mauvaise idée de consommer son flirt avec la princesse Charlotte, déclenchant la colère du Roi. Il est ensuite arrêté et torturé pendant un an mais finit par être libéré par les Faucons. L’année de torture a laissé des marques : écorché, muet et privé de ses membres (après s’être fait sectionner les tendons), il fait peine à voir. La Brigade et en particulier Guts et Casca sont fous de douleur et de rage (surtout le premier) de voir leur ami et chef réduit à un état si misérable. Comprenant que ses ambitions sont brisées et qu’il inspire à présent de la pitié à ceux qui l’adoraient, il prend la fuite.

Le destin de Griffith

Finalement, le « bon » Griffith de la Brigade du Faucon devient un adversaire de Guts. Le Béhérit convoque en effet l’Éclipse et les God Hand, qui lui offre son ascension, en sacrifiant ce qu’il a de plus cher : la troupe du Faucon, dans son intégralité. Ainsi disparaissent presque tous les soldats qui composent cette glorieuse armée, dévorés par les démons. Griffith, auparavant brisé et sans force renaît sous l’apparence de l’ultime God Hand : Femto. Après son ascension, il blesse Guts en compagnie des nombreux démons, l’éborgnant et lui sectionnant le bras droit, et en profite également pour violer et détruire psychologiquement Casca sous ses yeux. L’image du viol et du massacre de la troupe restera « imprimée » sous la paupière de l’œil borgne de Guts.
Depuis, Griffith/Femto est l’ennemi juré de Guts qui s’est résolu à tout faire pour se venger de lui. Il continue d’ailleurs de l’appeler par son ancien nom.
Plusieurs années après les évènements de l’Éclipse, et le début de la chasse que mène Guts, un nouveau sacrifice à grande échelle comme le fut le massacre de la troupe du Faucon se déclara, sur la terre sainte d’Albion. Au pied de la tour d’Albion, contrôlée par les armées religieuses, étaient amassés de nombreux réfugiés, fuyant la misère s’étant installée dans le royaume de Midland. La peste, la famine, les Kushans, tout cela était arrivé après la disparition de Griffith. Durant cette période de crise, les habitants firent un rêve étrange. Ils voyaient le monde tel qu’il était : embourbé dans sa misère, recouvert d’un ciel noir. Mais un faucon de lumière arriva, transperçant le ciel, et ramena la lumière sur le monde. Ce fut la prophétie du Faucon de Lumière. Et l’un des passages de cette prophétie fut la réincarnation de Griffith dans le monde réel.
Le sacrifice fut simple : toutes les personnes se trouvant à Albion. Les réfugiés ainsi que les armées religieuses furent happés par une marée de démons, la tour s’écroula. Griffith naquit dans un apôtre en forme de Béhérit, à partir du corps de l’enfant de Guts et Casca (que l’apôtre avait avalé quelque temps plus tôt). À son éveil, Zodd l’immortel se trouvait devant lui. Ce dernier s’inclina devant son maître, et tous deux partirent en volant.
Plus tard, Guts rencontra une nouvelle fois Griffith, chez Godo. Ironie du sort, ils se rencontrèrent dans le cimetière dédié à la troupe du Faucon, que Rickert a fabriqué en forgeant des épées, servant de tombe. Griffith voulut rencontrer une nouvelle fois Guts pour s’assurer que celui-ci ne lui ferait plus perdre de vue son rêve et qu’il pourrait le sacrifier sans état d’âme, ce qui fut le cas.
Par la suite, Griffith réunit une armée d’Apôtres, qu’il nomma Troupe du Faucon. Il libéra progressivement le Midland du joug de l’armée Kushan, et rencontra même le Pape. Ce dernier s’étala littéralement sur le sol en signe de soumission quand il vit Griffith, qui devient aux yeux de tous l’homme de la prophétie du Faucon de Lumière. Il libéra également la princesse Charlotte, désormais Reine de Midland, qui déclara la Troupe du Faucon armée régulière du Midland.

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Casca (Berserk)

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Casca (キャスカ, Kyasuka) (parfois orthographié Caska) est le personnage féminin principal du manga Berserk.
Elle fait partie de la Brigade des Faucons, menée par Griffith, dont elle est le second officier après lui. Elle a la réputation d’être la meilleure combattante de la troupe après Griffith et Guts.
Casca est originaire d’un village de paysans d’une région frontalière du Royaume de Midland. Ses parents, accablés par les taxes et la guerre, furent contraints de la vendre à un noble de passage alors qu’elle était enfant. Le noble tenta de la violer mais Griffith l’a secourue en lui donnant une épée pour se défendre. Elle tua son agresseur, puis rejoignit la Bande des Faucons, alors simple rassemblement de bandits. Elle gravit les échelons grâce à sa maîtrise de l’épée et à sa volonté, pour finalement devenir le bras droit de Griffith. Elle a pour lui des sentiments ambigus oscillant entre la vénération presque mystique et des sentiments amoureux. En revanche, Griffith ne voit en Casca qu’un soldat dévoué et talentueux, et ne lui rend pas ses sentiments. Il place toutefois en elle une confiance absolue.
Plus tard, elle rencontrera Guts, à qui elle reprochera longtemps de détourner Griffith de son but. Elle et Guts se rapprocheront finalement après avoir eu plusieurs occasions de se sauver l’un l’autre. Casca se détachera également petit à petit de Griffith, comprenant que celui-ci ne pourra jamais être celui qu’elle voudrait voir, étant prisonnier de son ambition.
Après la capture de son chef, elle assumera provisoirement le rôle de chef des Faucons, puis, rejointe par Guts, elle parviendra à sauver Griffith des geôles du Roi du Midland où il était emprisonné.
Suite à l’éclipse, Casca perdra la tête après avoir reçu la marque du sacrifice et être violée par Femto, le God Hand autrefois nommé Griffith. Guts et elle ne seront après cela jamais à l’abri du Mal, portant tous deux le symbole des God Hand qui les désignent comme morts en sursis. Elle risquera maintes fois de mourir, mais sera protégée par Griffith, Guts et leur enfant. Elle est désormais souvent accompagnée de Dame Farnese qui joue un peu le rôle de nounou pour elle.
Casca est le symbole de la femme forte dans Berserk. Sa volonté lui permet des actions d’éclats, elle est réfléchie, intelligente et ne baisse jamais les bras. C’est une combattante habile, ayant menée sa vie par l’épée, elle s’est affranchie de ses liens en tuant, et à cet égard elle est respectée dans toute la bande ; seuls Guts et Griffith ont plus de prestige qu’elle. Néanmoins, Casca n’est pas non plus un monstre tels que Guts et Griffith et elle reste faible face à l’horreur des Apôtres, bien que ne leur abandonnant rien. Ainsi, n’ayant pas la haine de Guts, elle ne peut supporter l’Éclipse et sombre dans la folie. Finalement, avec des personnages comme Judeau, Casca se pose comme un personnage vraiment humain, en opposition avec les démons que sont Guts ou Griffith.

A suivre…
©JF2015

Le poisson d’avril a été une réussite totale

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C’est avec un regret non dissimulé que je viens vous informer que notre cher ami Stan Lee ne sera pas des nôtres samedi après-midi à la boutique et pour cause il s’agissait d’un poisson d’avril réfléchi de longue date et vous êtes tombés dans l’aquarium de ce poisson si bien huilé (n.b : ce n’était pourtant pas une sardine) lol.

Mais pour nous faire pardonner de vous avoir ainsi fait marcher en ce début avril, cher(e)s ami(e)s je vous invite à tous venir à notre boutique ce samedi on organisera un petit buffet avec boisson et collation toujours dans la joie et la bonne humeur comme à l’accoutumée.

Encore navré d’avoir été aussi fidèle à cette tradition ancestrale qu’est le poisson d’avril mais en cette année 2015 je me devais de marquer le coup de brillante manière :
pari réussi !!!!.

à samedi dans notre boutique mais sans Stan Lee, avec nous, et nos collections.

Richard et sa team

 

Stan Lee chez Vega : c’est ce samedi. A ne rater sous aucun prétexte !!!

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Oyez, oyez brave gens c’est une certitude Stan Lee sera bien des nôtres ce samedi 4 avril 2015 à partir de 15h à la boutique.
Ça ne sera pas un sosie ça sera le vrai, le seul, l’unique, le grand Stan Lee.

1959634_10152212566871543_996103723_n Vous me direz comment faire venir Stan Lee, dans une boutique comme Véga qui plus est en province et dans une ville comme St-Dié-des-Vosges qui ne compte que 20 000 habitants et qui a comme lien avec l’Amérique celle d’être sa marraine et de l’avoir baptisé.

Mais il y a un autre lien que beaucoup de personnes ici-bas ignorent.

Il s’agit de la rencontre exceptionnel qui a eu lieu à New York, le 4 avril 1975. Pendant qu’un autre nom connu fonder Microsoft Corporation, notre ami Richard âgé alors d’une vingtaine d’années, parcourait les États-Unis de convention médicale en convention médicale quand son périple allait s’achever par la ville de New-York.

Il eut l’idée de se rendre au New York University School of Medecine situé dans le quartier de Murray Hill.

Il avait appris que des meetings étaient organisé par différents conférenciers dans différents domaines mais chose qu’il ne savait pas encore et qui allait le marqué pour toujours c’est que Stan Lee était parmi les conférenciers.

stan-lee-1-4156516vnxfoDonc, en se rendant à une conférence baptisé « Biotechnology, human super and the future of modern medicine », il se retrouva nez à nez avec le grand Stan Lee lui même que notre ami Richard ne pouvait que reconnaitre car dévorant depuis son plus jeune âge les comics du maitre. Il fut subjugué par les progrès annoncés et n’a pas arrêter de poser des questions à Mr Lee qui lui a bien sûr répondu sans détour c’est d’ailleurs son intérêt pour le sujet qui poussa Stan Lee à venir après la conférence rencontré Richard (n.b : d’habitude c’est le contraire qui se passe) et lui demandé dans quelle corps de métier il exerçait et Richard lui raconta tout de son périple américain.
Stan Lee n’en perdis pas une miette et promis ce jour à Richard que si un jour il avait besoin de lui pour une conférence en France il n’hésiterait à traverser l’océan atlantique et répondrait présent.

C’est pourquoi pour fêter l’anniversaire de leur rencontre Richard a eu l’idée d’organiser une séance de dédicace exceptionnelle au sein de la boutique Véga pour revoir son ami de longue date et lui montrer qu’après son métier dans le domaine médicale, il a réussi à réaliser son rêve d’enfant et d’ouvrir une boutique de bandes dessinés, de polars et ouvrages de sciences fiction.

Je vous conseille à tous de venir nombreux car le grand Stan Lee n’est plus tout jeune et c’est clair qu’il n’y aura pas de deuxième chance pour faire signer une édition originale des 4 fantastiques ou de Spiderman.

Parlez-en à vos amis.

stan1968

Excelsior

LE SURNATUREL DANS LES AVENTURES DE JOHAN ET PIRLOUIT

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Étant un bouquiniste inconditionnel de bandes dessinées, au milieu de toutes celles se passant au moyen-âge : Prince Vaillant, Harald le viking, Marco Polo, les tours de Bois Maury, Oliver, chevalier Ardent… Une était, pour moi, le summum : Johan et Pirlouit dont, pourtant, seuls 13 albums ont été réalisés par le grand Peyo, les quatre suivants ayant été fait par le studio de Thierry Culiford qui n’est autre que le fils de Peyo dont le vrai nom, pour ceux qui ne le sauraient pas était Pierre Culliford.

Pourquoi ces 13 albums ont passionnés des générations de dévoreurs de petits Mickey ( c’est comme ça qu’on appelait les bandes dessinées quand j’étais môme). Et bien après relecture de ces merveilles, je crois que cela tient à des scénarios qui taquinaient bien souvent le fantastique.

En effet, en théorie les autres B.D. traitant du moyen âge parlaient de tournois, guerres, croisades, chevaliers félons, usurpateurs de trônes, et autres histoires moult fois rabattues (quelques fois de façon excellente, je le reconnais), alors que si l’on y pense, Johan et Pirlouit ont très souvent flirté avec l’irréel. Si l’on excepte les 2 premiers qui étaient, je trouve un << galop d’essai >> de débutant doué, j’attaque le décorticage des principaux qui suivent :

Le lutin du bois aux roches : c’est là qu’apparait, Pirlouit pour la première fois et qui est présenté, au début, comme un démon terrorisant la populace hyper superstitieuse comme on savait l’être à cette époque là. D’ailleurs, à la page 7, Johan explique au roi, qu’il parait que le << Lutin du bois aux roches >> serait, d’après les dires, << un monstre hideux et maléfique, mauvais génie, gnôme, sorcier et démon tout à la fois >> avant qu’à la page 11, le lecteur se rend compte qu’en fait, il ne s’agit que d’un brave petit bonhomme qui n’a rien de surnaturel sinon un goût immodéré pour les farces de mauvais goût.

Le lutin du bois au roches

La pierre de lune : où ont tombe sur 2 sorciers dont un gentil (l’enchanteur Homnibus) et un mauvais (le sire de Boustroux).

La pierre de lune

Dans Le serment des Vikings un marin du nord explique à Johan que si Bodhvar a kidnapper Odd, c’est parce qu’il paraitrait que c’est un ogre qui dévore les enfants.

Le serment des vikings

La source des dieux : qui réunit à lui seul tous les ingrédients nécessaires au côté mystérieux du moyen-âge : un sort jeté par un sorcier, un géant et une créature intemporelle vivant au milieu des serpents au fond d’une grotte. C’est certainement pour ça que cet album fait partie de mes livres de chevet préférés.

La source des dieux

La flûte à 6 schtroumpfs : n’oublions pas que c’est dans cet album qu’apparaissent pour la première fois, les schtroumpfs, petits lutins bleus au destin littéraire exceptionnel, alors qu’il n’étaient ici qu’en personnages secondaires, dont l’une des spécialités consistait à créer des flûtes magiques dont ceux qui en jouent font danser, contre leur propre gré, le pékin moyen passant à portée d’oreilles jusqu’à l’épuisement et l’évanouissement.

La flûte à six schtroumpfs

La guerre des 7 fontaines : un des summums de la BD tous genres confondus. En effet, le personnage principal, hors nos héros, et un fantôme. Alors que le décor prête à l’angoisse : terres arides, bois obscurs, château abandonné, toiles d’araignées, oubliettes et couloirs ténébreux, le fantôme s’avère être un brave type, faisant très facilement son mea-culpa et qui n’hésite pas à faire des farces à ces faux héritiers qui rappellent un peu, dans leur mentalités, les prétendus descendants de Rackam-le-rouge convoitant une part du trésor de la suite du <<secret de la licorne >>.

La guerre des 7 fontaines

Le pays maudit : où le roi qui était jusqu’alors un personnage secondaire, devient un élément essentiels à cette histoire où le fantastique vient d’un dragon apprivoisé paru n salopard qui fait trimer les pauvres schtroumpfs réduit en esclavage, dans une grotte, au fond d’un marécage où règnent les feux follets qui comme chacun sait, sont les âmes des damnés (page 25).

Le pays maudit

Le sortilège de Maltrochu : où un infâme seigneur jaloux de l’amour qui unit le chevalier Thierry et la douce Geneviève, fait boire à Thierry un breuvage empoisonné, acheté à un alchimiste démoniaque, afin de le transformer en chien.

Le sortilège de maltrochu

Il est à constater que bien souvent, ce qui au départ, sont considérés comme des êtres censé semés la terreur s’avèrent êtres des braves gens : Pirlouit le lutin devient le meilleur ami de notre héros, le fantôme des 7 fontaines ne sèment la terreur que pour rire, le dragon qui, à la fin, ne crache plus que de l’eau et de ce fait, devient sympa font que cela renforce ce que j’ai toujours pensé : Peyo devait être foncièrement gentil.

Patrice Frécinaux  2015

 

Les mémoires de Zeus

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Les Mémoires de Zeus

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De Maurice Druon de l’Académie Française, Bragelonne, 07/2007, 431 p. €22,00

Trouver le secrétaire perpétuel de l’Académie Française, lauréat du Goncourt en 48, au beau milieu du catalogue Bragelonne, parmi les Feist, Brooks, Goodkind et autre Gemmel, est une surprise. Pas le genre de chose à laquelle on s’attend. Comme trouver une grenouille dans son chapeau ; à cette différence qu’en fin de compte, cette surprise s’avérera des plus agréables. Un académicien c’est (censé être) un auteur sérieux. Certains de ses confrères ne se gênant nullement de gratifier la science-fiction (et la fantasy – surtout telle qu’elle se publie chez Bragelonne) de leur souverain mépris. Alors ? Est-ce une œuvre de jeunesse que l’auteur n’eut pas renié ? Non point. Né la même année que Sturgeon ou Farmer, en 1963, Maurice Druon n’a plus rien d’un jeune auteur et, en 67, quand paraît la seconde partie de l’ouvrage auquel quatre ans de labeur supplémentaire ont été nécessaires, les palmes académiques l’ont déjà honoré.

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Ces Mémoires de Zeus ne sont pas un roman de fantasy. C’est un récit mythologique. Une mythologie grecque globale, aussi exhaustive que possible. Or, la mythologie est, disons, le code source de la fantasy. Mais, la mythologie grecque est, hormis la Bible, celle que l’on connaît le mieux et, produite par une civilisation écrite, elle est moins malléable que d’autres, laisse moins de liberté d’interprétation. Pourtant, de son propos même (p.13) Maurice Druon affirme reprendre cette liberté d’interprétation des mythes là où les Anciens l’avaient laissée. « Les auteurs anciens utilisaient les mythes ou les enrichissaient, au gré de leur inspiration poétique ou des nécessités de leurs démonstrations philosophiques » Sa plus grande difficulté, il l’a rencontré en essayant de reconstituer une chronologie des mythes. Ce faisant, il a fait apparaître une genèse – sous le règne d’Ouranos – puis une préhistoire – sous celui de Cronos. « Celui qui souhaite retrouver la vision que les Anciens avaient du cosmos et de l’homme dans ce cosmos, doit s’adresser à la mythologie grecque comme à la plus proche des théogonies complètes qui sont la source de la pensée d’Occident » (p.11) C’est à cette fin que l’auteur se devait d’introduire une chronologie, d’organiser ce corpus d’histoires sur une échelle temporelle. Ainsi, la guerre qui oppose Zeus à son père, Cronos, dure 240 000 ans… cronosvszeus

A cette époque, l’Atlantide – qui a un petit parfum de paradis terrestre, comme une équivalence si vous voulez – s’est déjà abîmé dans flots depuis longtemps, à l’aube du règne de Cronos. Une échelle de temps bien plus vaste que celle que l’on a coutume d’estimer. Nous, les hommes, ne serions pas la première race humaine mais la cinquième (p.65) Si nous comptons Neandertal, Habilis, Erectus, Australopithèques et autres pithécanthropes… Il y a moyen de poser sur ce canevas au moins certaines connaissances modernes.
Si l’ouvrage a pu reparaître chez Bragelonne, c’est, entre autre, parce qu’ « encouragés par le ton volontairement jovial de certains chapitres, (des lecteurs) ont voulu tenir l’ouvrage pour un simple divertissement littéraire. » Si l’on peut effectivement lire ces Mémoires de la sorte, pour l’auteur, cet aspect jovial revêt une toute autre profondeur. « Les Anciens, parce que pour eux les dieux étaient intérieurs au monde, y participant et en formant la trame, savaient introduire l’ironie, voire la farce, dans les mythes sans pour cela en altérer la profondeur ou la signification. » (p.12) Ils pouvaient cela car ils ignoraient la notion de péché originel, c’est à dire de péché contre Dieu lui-même.
Le principal reproche que j’adresserai à cet ouvrage, parce que je suis un homme moderne et non un Ancien, c’est de ne proposer ni index ni tableau généalogique, ce qui eût été bien utile car, sur l’Olympe, la famille recomposée est connue de longue date et l’inceste monnaie des plus courantes. Sous le règne de Zeus, seul le couple Fils/Mère semble proscrit : le roi ne tenant pas à arborer les cornes du cocu. Tous ces dieux à la parentèle emberlificotée à souhait semblent issus d’une culture clanique endogène, mais ce n’est là qu’une interprétation…

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Maurice Druon se propose, à travers cet ouvrage, d’atteindre un double objectif. Le premier, on l’a vu, consiste à faire œuvre mythologique : A revivifier la mythologie grecque, à la rendre à nouveau opérante, lui permettre d’apporter un éclairage sur le monde. Le second, moins profond, est simplement didactique ; comme à mi-chemin entre la première ambition et ne voire en ces Mémoires qu’un aimable divertissement. Ces Mémoires de Zeus peuvent être lues pour acquérir la connaissance de ce corpus mythique sans pour autant aller jusqu’à y puiser une grille d’interprétation du monde.
Au fil du texte, on découvre quantité de noms, on apprend qui est qui. Cependant, beaucoup ne sont que des noms dans le Gotha de l’Olympe sans que nul récit ne leur soit attaché. On les mentionne en passant comme s’il eut été impoli de ne point le faire.
Outre l’aspect mythologique, Druon exprime aussi une pensée propre, qu’il la prête ou non à Zeus. « …dix ans d’homme, c’est toujours le temps qu’il faut à la jeunesse pour se faire connaître, conquérir ses places, affirmer ses droits. Celui qui laisse passer ces dix années-là sans audace, révolte ni labeur, se prépare une triste maturité, et sa vie, pauvre d’œuvres, ressemble beaucoup à l’inexistence. » (p.66, et plus loin) « Je me dis que l’ignorance est souvent la condition nécessaire de l’entreprise. Ce ne sont pas les vieillards qui font les révolutions ; et s’ils s’en trouvent à leur tête, c’est qu’ils en avaient rêvé quand ils avaient vingt ans. » A maintes reprises, M. Druon donne aussi matière à réflexion. Il serait vraiment dommage de s’en priver.

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Voici un livre absolument indispensable, une pierre angulaire de notre culture ravalée et polie. Remercions Bragelonne d’avoir remis ce texte à disposition d’un grand nombre de lecteurs potentiels qui n’ont pas forcément accès (ou du moins un accès facile) aux auteurs anciens. Si parfois l’énumération devient quelque peu fastidieuse, ce n’est vraiment qu’un moindre mal. J’aurais adoré pouvoir lire ce livre quand j’avais dix ou onze ans et que j’étais curieux de tels récits mythologiques mais je ne suis pas né dans un foyer où on lisait les Académiciens. A lire, relire, à découvrir et à offrir aux gamins et aux gamines qui posent des questions sur les origines du monde, des choses, de l’Homme et la leur, tout simplement. Et qui plus est, c’est superbement écrit même si (ou parce que) ce n’est pas dans le style le plus moderne. Une extraordinaire aubaine à ne laisser passer sous aucun prétexte.

©Jean-Pierre LION 2015

Akira

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Akira (manga)           

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Akira (アキラ?) est un seinen manga de science-fiction des années 1980 écrit et illustré par Katsuhiro Ōtomo.
Ce manga se caractérisant par sa longueur (dix années se sont écoulées entre la publication du premier et du dernier volume au Japon), sa richesse scénaristique, sa dynamique et sa qualité graphique ont nettement participé à la diffusion du manga en Occident. Il a été adapté en anime en 1988.
Akira obtint le Prix du manga de son éditeur Kōdansha en 1984, catégorie Général (seinen).

Histoire
Tokyo est détruite par une mystérieuse explosion en décembre 1982 (1992 dans la version occidentale) et cela déclenche la Troisième Guerre mondiale, avec la destruction de nombreuses cités par des armes nucléaires.
En 2019 (2030 selon les versions colorisées américaine et française), Neo-Tokyo est une mégapole corrompue et sillonnée par des bandes de jeunes motards désœuvrés et drogués. Une nuit, l’un d’eux, Tetsuo, a un accident de moto en essayant d’éviter un étrange garçon qui se trouve sur son chemin. Blessé, Tetsuo est capturé par l’armée japonaise. Il est l’objet de nombreux tests dans le cadre d’un projet militaire ultra secret visant à repérer et former des êtres possédant des prédispositions à des pouvoirs psychiques (télépathie, téléportation, télékinésie, etc.). Les amis de Tetsuo, dont leur chef Kaneda, veulent savoir ce qui lui est arrivé, car quand il s’évade et se retrouve en liberté, il n’est plus le même… Tetsuo teste ses nouveaux pouvoirs et veut s’imposer comme un leader parmi les junkies, ce qui ne plaît pas à tout le monde, en particulier à Kaneda.
En parallèle se nouent des intrigues politiques : l’armée essaye par tous les moyens de continuer le projet en espérant percer le secret de la puissance d’Akira, un enfant doté de pouvoirs psychiques extraordinaires (et de la maîtriser pour s’en servir par la suite), tandis que les politiciens ne voient pas l’intérêt de continuer à allouer de l’argent à un projet de plus de 30 ans qui n’a jamais rien rapporté. Le phénomène Akira suscite également l’intérêt d’un mouvement révolutionnaire qui veut se l’approprier à des fins religieuses (Akira serait considéré comme un « sauveur » par ses fidèles). Tetsuo va se retrouver malgré lui au centre d’une lutte entre les révolutionnaires et le pouvoir en place.
Personnages
Personnages principaux
Shôtarô Kaneda — Ami de Tetsuo et chef de leur bande de motards, ce petit délinquant d’apparence drogué, macho, égoïste, glouton et parfois lâche est entraîné dans la lutte contre le programme militaire quand il croise le chemin de Kei. Dans son combat contre Tetsuo, il n’est motivé que par la colère et la soif de vengeance, après l’extermination de sa bande par le mutant. Mais, forgé par les épreuves successives, le mûrissement de son amour pour Kei et diverses expériences lors du contact avec les manifestations des pouvoirs des mutants (y compris un saut dans le temps), il commence à réfléchir davantage sur lui-même et le monde – et à prendre ses responsabilités. Finalement, il fonde « Le Grand Empire de Tokyo », où les jeunes vont reconstruire, seuls, sur les ruines de Tokyo, un monde à leur façon.
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Tetsuo Shima (Numéro 41) — Enfant abandonné, ce petit dur de quinze ans rivalise avec son ami Kaneda pour être le chef de leur bande de motards. Il tombe par hasard aux mains des militaires, qui libèrent chez lui un énorme pouvoir psychique. Échappant à tout contrôle, il délivre Akira, mais entre dans un cycle de mutations monstrueuses à mesure que son pouvoir grandit. Sa puissance sans cesse croissante pourrait faire sauter la planète. Tantôt enragé de douleur et de haine, tantôt suppliant et sanglotant, il ne trouve un peu de paix qu’auprès de Kaori. Son « Empire » détruit, traqué par tous, il finit dans la peau d’un monstrueux bébé, dont l’énergie en folie est absorbée par celle d’Akira dans un ultime cataclysme.
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Kei (ou Kay) — Cette adolescente idéaliste, vierge et sans peur, milite dans un groupe démocratique clandestin qui cherche à dévoiler les expérimentations secrètes de l’armée. Elle est amoureuse de Ryû, l’homme qui dirige le groupe, et repousse vigoureusement les grossières avances de Kaneda. Après la destruction de Néo-Tokyo, elle rejoint Lady Miyako et le trio des enfants mutants, qui découvrent en elle le médium idéal pour focaliser leurs énergies et affronter Tetsuo en duel psychique. Elle accepte de se sacrifier pour cette mission désespérée. Elle en réchappe, et accepte son amour pour Kaneda, avec qui elle forme finalement le « couple refondateur ».
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Le colonel Shikishima — Lui seul connaît le secret d’Akira. Il dirige les expériences dont fut victime Tetsuo. Il est le chef des forces armées. Il est terrifié par Akira dont il a pu constater la puissance illimitée. Après le réveil d’Akira, il fera tout pour éliminer Tetsuo — notamment avec le satellite SOL — qu’il tient pour responsable. Il s’alliera par la suite dans sa lutte avec Miyako et Kaneda.

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Akira (Numéro 28) — Le plus puissant des mutants psychiques découverts par les militaires. Ce garçonnet a déjà fait sauter Tokyo en 1982. L’armée le garde prudemment congelé dans une base secrète. Délivré par Tetsuo, il devient l’enjeu de luttes entre diverses factions qui se le disputent pour l’utiliser. Apathique et silencieux, il n’est que le réceptacle innocent d’une force gigantesque, qui ne tarde pas à détruire Néo-Tokyo. Érigé en mascotte du « Grand Empire », que Tetsuo édifie sur les ruines, il ne prend aucune part consciente à l’action. Finalement, son pouvoir s’unit à celui de Tetsuo et l’absorbe. Cette fusion le délivre, et les petits mutants avec lui.
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Masaru (Numéro 27) — Le pouvoir lui a brisé les jambes, mais c’est celui qui semble être le chef des trois mutants.
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Takashi (Numéro 26) — Il causa l’accident dans lequel Tetsuo fut blessé grièvement. Suite à son assassinat par Nezu, Akira déclencha une nouvelle vague de destruction de Neo-Tokyo. Il est généralement celui qui agit parmi les trois mutants, n’ayant pas subit de contrecoup physique handicapant après l’émergence du pouvoir.

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Kiyoko (Numéro 25) — Ses dons de prémonitions en font la conseillère du groupe. Elle est complètement paralysée et reste donc en permanence dans un lit mobile, qu’elle dirige elle-même en cas de besoin.

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Lady Miyako (Numéro 19) — Rescapée elle aussi du programme d’expérimentation militaire (« revenue d’entre les morts » selon ses propres dires), cette vieille aveugle à l’aspect de déité bouddhiste, surveille l’armée en secret en utilisant le politicien Nezu. Malgré les promesses faites à ses adeptes, elle sait qu’elle ne peut rien empêcher des évènements qui conduisent à la destruction de Néo-Tokyo et choisit donc d’aider le changement qu’elle a très tôt anticipé et longuement préparé de son côté. Elle s’attache alors à sauver et soigner la foule des survivants réfugiés dans son temple, sacrifiant jusqu’au dernier les moines qui la protègent et manipule Tetsuo pour qu’il accepte ses souffrances et se rende dans la place qui lui est réservée. Tout l’amour et la sagesse qu’elle appelle ne servent à rien pour Tetsuo, car c’est à une véritable épreuve de force qu’elle se prépare. Elle accomplit la tâche de détruire Tetsuo, quitte à y sacrifier Kay comme elle a, plus tôt, sacrifié un trio d’adolescentes dans une vaine tentative pour récupérer Akira. Finalement, elle aussi est écartée du monde à venir, supprimée dans la phase ultime du cataclysme alors qu’elle aura vainement tenté de résister.

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Chiyoko — l’armurière du groupe de Ryu et Kei et la meilleure amie de cette dernière. C’est une femme très forte devant les événements (et à tous les sens du terme en fait). Elle sera peu importante au début puis son rôle s’étoffera après le réveil d’Akira.

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Quelque personnages secondaires

Yamagata — Camarade de classe de Kaneda, et membre de sa bande, il perd la vie en affrontant Tetsuo peu après que ce dernier soit devenu leader de la bande des clowns.

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Kaori — Cette gamine de treize ans, orpheline maigrichonne et effrayée perdue dans les ruines de Néo-Tokyo, est offerte en pâture au délire orgiaque de Tetsuo. Mais elle transcende le personnage mièvre de la Lolita de manga en assumant le double rôle de grande sœur et compagne de jeux pour Akira d’un côté, et d’amante seule capable d’apaiser les souffrances de Tetsuo. Elle est tuée par le principal lieutenant de Tetsuo, lors d’une ultime tentative de putsch, en essayant de protéger le mutant.

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Kaï (ou Keisuké) — Camarade de Kaneda lorsque celui-ci dirigeait la bande de motards, il a survécu à la destruction de Néo-Tokyo. Il rejoint Kei et Kaneda pour affronter Tetsuo dont il désire la mort après voir vu la mort de Yamagata.
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Nezu — Aussi laid d’âme que de corps, ce politicien mu par la seule soif de pouvoir est un instrument de Lady Miyako. Mais il échappe à son contrôle. Après la délivrance d’Akira, il essaie de le kidnapper à son profit et de fomenter un coup d’État. Vaincu, blessé à mort et fou de rage, il tire sur le garçonnet mais sa balle atteint Takashi, provoquant une violente réaction d’Akira qui détruit Néo-Tokyo.

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Joker (ou Bouffon) — Leader de la bande des Clowns et ennemi de Kaneda au début de l’histoire, il se lie d’amitié avec Kaï lors de la reconstruction de Néo-Tokyo. Il s’unit ensuite à la cause de Kaneda et Kei en participant au dernier assaut contre Tetsuo. Brute épaisse et meurtrière, lui aussi trouve le chemin de la rédemption à travers la vendetta qu’il mène contre Tetsuo, pour venger ses propres motards massacrés (Joker devient le sous-fifre de Tetsuo lorsque ce dernier découvre ses pouvoirs qu’il canalise alors avec les drogues). Il a un goût prononcé pour le bricolage, allant jusqu’à réparer les vieilles motos volantes de l’armée après le cataclysme, et apparaît toujours tatoué sur le visage.

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• Le barman du Harukiya — Il est propriétaire d’un bar mal famé qui sert de repaire à Kaneda et sa bande dans la première moitié de l’histoire. C’est dans ce bar que Kei et Kaneda se rencontrent pour la première fois, cette rencontre étant un moment charnière de l’histoire puisqu’elle entraîne Kaneda bien malgré lui dans un long périple, faisant de lui un des personnages phares de l’intrigue. Si, dans le dessin animé il fait partie des victimes de Tetsuo, dans la bande dessinée, le personnage disparait assez tôt de l’intrigue à mi-chemin, après qu’il a caché Kei et Kaneda, poursuivis par les troupes du Colonel.

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Publication
Au Japon, Akira fut publié de décembre 1982 à juin 1989 dans le journal Young Magazine. Il fallut toutefois attendre 1993 pour que le sixième et dernier volume relié sorte, présentant une version quelque peu remaniée par rapport à l’originale.
En France, Akira est d’abord sorti aux éditions Glénat au début des années 1990 sous la forme de petits fascicules reprenant la version colorisée aux États-Unis par Steve Oliff. Ces fascicules sont désormais des collectors.
Par la suite, Glénat publia cette version sous la forme de recueils en 14 volumes, incluant l’art-book Akira Club sur les deux derniers volumes.
En 1999-2000, Glénat a publié une nouvelle version d’Akira en noir & blanc, plus proche du format original et présentant une nouvelle traduction adaptée directement du japonais.

Projet d’adaptation en prises de vue réelles
Plusieurs projets cinématographiques furent planifiés par des studios américains. La dernière version cinématographique du projet devait être réalisée par Jaume Collet-Serra et scénarisée par Gary Whitta.
Il était prévu que la Warner Bros produise le film en coproduction avec Appian Way la compagnie de Leonardo DiCaprio. L’adaptation comprendrait deux films qui compileraient l’histoire des six volumes du manga original
À noter que Katsuhiro Otomo gardera un œil sur la production en tant que producteur exécutif aux côtés de Greg Silverman (le vice-président exécutif de Warner Bros).
Kaneda devait être interprété par Garrett Hedlund.
Le 5 janvier 2012, le studio de la Warner annonce l’arrêt du projet pour des raisons de budget.

Thèmes abordés
C’est le profond traumatisme japonais à la suite d’Hiroshima qui est dépeint dans l’histoire d’Akira ainsi que le bouleversement de la société japonaise devant cette démonstration de puissance américaine et l’occupation que le pays subit au lendemain de sa défaite.

La bombe atomique
L’univers d’Akira est une métaphore du monde en reconstruction au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le personnage d’Akira est la personnification achevée de la bombe atomique lâchée au-dessus d’Hiroshima, autrement surnommée Little Boy. Le manga est traversé par le thème de la destruction de Tokyo qui a lieu une première fois au tout début de l’histoire en guise de prologue et qui a lieu une seconde au milieu de l’histoire après le réveil d’Akira et provoquera un bouleversement complet du récit.

Manipulation mentale
On peut aussi voir dans « Akira » une référence au projet MKULTRA en raison de l’omniprésence des thèmes de la télékinésie et des pouvoirs mentaux. Ainsi, la psychologie et le contrôle des esprits sont présentés comme les armes supérieures à la bombe atomique et autrement convoitées. À partir de la destruction de Tokyo au milieu de l’histoire on assistera même à une multiplication du nombre de personnages dotés de tels pouvoirs.

Inspiration
Les noms de Shotaro Kaneda, Colonel Shikishima, Tetsuo Shima ainsi que le numéro 28 associé à Akira sont empruntés au manga Tetsujin 28 Go (L’homme de fer n°28) de Mitsuteru Yokoyama.

Akira (film d’animation)

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Akira (アキラ?) est un film d’animation japonais de 1988, de Katsuhiro Ōtomo, adapté du manga éponyme

Synopsis
L’introduction du film montre la destruction de Tokyo le 16 juillet 1988, le jour de la sortie du film au Japon.
Trente-et-un ans plus tard, après la Troisième Guerre mondiale, en 2019, Neo-Tokyo est une mégalopole corrompue et sillonnée par des bandes de jeunes motards désœuvrés et drogués. Une nuit, l’un d’eux, Tetsuo, a un accident en essayant d’éviter ce qui semble être d’abord un jeune garçon mais qui a un visage de vieillard. Il est capturé par l’armée et est l’objet de nombreux tests dans le cadre d’un projet militaire ultra secret pour repérer et former des êtres possédant des prédispositions à des pouvoirs psychiques (télépathie, téléportation, télékinésie, etc.).
Tetsuo finit par s’enfuir. Mais lorsque ses amis, dont leur chef Kaneda, le découvrent, il est devenu violent et imprévisible.
En parallèle se nouent des intrigues politiques. Dans la rue et dans les alcôves du pouvoir, le nom d’Akira circule. « Sauveur » messianique pour certains groupes religieux, il est de toute évidence lié au projet militaire auquel Tetsuo a été mêlé malgré lui. L’armée essaye par tous les moyens de continuer le projet en espérant percer le secret de la puissance d’Akira (et de la maîtriser pour s’en servir par la suite), les politiques ne voient pas l’intérêt de continuer à allouer du budget à un projet de plus de 30 ans qui n’a jamais rien rapporté, et un mouvement révolutionnaire veut renverser le pouvoir en utilisant le phénomène Akira à des fins politiques.
L’histoire du film est fondamentalement la même que le manga, mais il existe de nombreuses différences mineures qui contribuent à faire du film une sorte de « deuxième version » de l’histoire. On y voit notamment des personnages-clé du manga changer de rôle ou tout simplement disparaître lors du passage au film (ex : Lady Miyako, Chiyoko, Lieutenant Yamada et même Akira dans une certaine mesure). La seconde partie du manga est tout simplement absente du film, puisqu’à l’époque où celui-ci a été produit, celle-ci était encore en cours de publication au Japon. C’est pourquoi, les aboutissants n’étant plus les mêmes, le personnage d’Akira connait dans le film un destin radicalement différent.
Fiche technique
• Réalisation : Katsuhiro Ōtomo
• Scénario : Katsuhiro Ōtomo et Izō Hashimoto
• Décors : Kazuo Ebisawa, Yuji Ikehata et Koji Ono
• Direction artistique : Toshiharu Mizutani
• Image : Katsuji Misawa
• Montage : Takeshi Seyama
• Musique : Shoji Yamashiro (Tsutomu Ōhashi)
• Animations : Studio Fuga, Telecom Animation Film Co., Ltd., Dragon Production
• Production : Ryôhei Suzuki, Shunzō Katō, Hiroe Tsukamoto, Yutaka Maseba, Haruyo Kanesaku et Shunzo Kato
• Sociétés de production : Akira Committee Company Ltd., Bandai, Kodansha, Mainichi Broadcasting System (MBS), Sumitomo Corporation, Toho Company, Tokyo Movie Shinsha (TMS)
• Sociétés de distribution : Manga Films, Manga Vidéo (France), Bandai Visual Company, Streamline Pictures
• Budget : 1 100 000 000 ¥ (11 000 000 $)
• Langue : japonais
• Durée : 124 minutes
• Sortie au Japon : 16 juillet 1988
• Sortie en France : 8 mai 1991
Bande originale du film
La musique est composée et interprétée par le collectif Geinoh Yamashirogumi. Elle mêle sonorités japonaises, musique traditionnelle balinaise et musique classique.

©JF2015

Le Soupir de l’Immortel

Posted by Lionel - in ACTUALITES - No Comments

De Antoine Buéno, Editions Héloïse d’Ormesson, 08/2009, 640 p. € 25,00

soupirimmortelPour un pavé, c’est un pavé ! Du vrai, du gros, du lourd. Pas seulement pour ses 640 pages, parce que c’est désormais la norme ou presque. 640 pages denses, compactes. Foisonnant nous dit-on en 4° de couverture. Ça, c’est beaucoup plus rare. 640 pages de vraie science-fiction.

Le roman, proprement dit, ne compte que 620 pages, auxquelles s’ajoutent 18 pages d’un glossaire bien utile et 2 pages de bande son constituée de rap, forcément antédiluvien, quoiqu’il ne semblât pas y avoir eu de déluge entre notre époque et l’an 570 AFT (après la Ford T – sortie en 1908), donc 2478.

« Après Ford », ça ne vous rappelle rien mes petits drouguis ?Non ? Encore trop occupé à rêver de moutons électroniques ? ( p. 397).

« Quand Le Meilleur des Mondes rencontre Alice au Pays des Merveilles » nous dit encore la 4° de couv’. D’Alice, pas grand’ chose, dirons-nous. Sous forme de traces. Par contre, Antoine Buéno nous recycle le roman d’Aldous Huxley, en long, en large et en travers, l’assaisonne d’Anthony Burgess et ne manque pas de nous glisser une allusion explicite à notre maître à tous, Philip K. Dick et une autre à Asimov. Tant Burgess qu’Huxley sont des auteurs réputés de la littérature anglo-saxonne, au point que le second à même été enseigné dans nos lycées professionnels à une époque où j’y séjournais, qui ont souvent lorgné sur l’autre face du monde d’où Dick les enviaient. Dans Le Soupir de l’Immortel, les éléments post-dickiens abondent et Buéno tient à nous faire savoir qu’il sait d’où ça vient. Le Monsieur sait payer ses dettes d’un trait d’humour.

Point n’est besoin au péri texte de s’étendre sur le pedigree d’Antoine Buéno. Né en 1978, il est chargé d’études au Sénat, enseigne également la littérature à Science-Po. C’est là son quatrième roman. Bref. C’est l’une de ces éminences grises qui pense pour nos politiciens et enseigne la littérature dans une de ces taupes où se forment les futures élites de la nation. Qu’une personne chargée d’éclairer les décisions de nos politiciens soit férue de SF est une bonne chose ; tous ceux qui aiment ce que cette littérature a à offrir de meilleur en sont convaincus. Buéno s’est abreuvé aux meilleures sources.

La 4° de couverture (qui m’a fait acheté le roman) est rédigée comme suit « L’an 570 après Ford. Le monde est enfin durable et uniformisé. Plus de crise environnementale, plus de guerre, plus de misère. La planète est devenue un Eden ultralibéral, une jungle luxuriante d’humains bigenrés. Tout ne va pourtant pas pour le mieux. L’immortalité se paie au prix fort. » Le Soupir de L’immortel est un roman d’anticipation politique. L’univers qu’Antoine Buéno nous propose est une projection idéalisée de la droite contemporaine. Par idéalisée, il faut comprendre qui a réalisé son discours, considéré projet ou qui est en passe de le faire. L’auteur est capable de projeter tous les espoirs et l’optimisme qu’un libéralisme sans frein peut faire miroiter tout en le minant et en le sapant le tout sans qu’il n’y paraisse. Est-il de droite ? Est-ce que le roman est de droite ? C’est en tout cas l’œuvre de quelqu’un qui connaît la droite de l’intérieur comme aucun gauchiste ne la connaîtra jamais, de quelqu’un qui la pratique à défaut de l’embrasser. Le Soupir de l’immortel n’est en aucun cas à droite comme peut l’être La Paille dans l’œil de Dieu de L. Niven et J. Pournelle. C’est un roman de droite critique. On est aussi à des années lumières de la SF politique française des années 70/80 ; il n’est plus ici question d’opposition entre les bons écolo-gaucho-anarcho-marxistes et les méchants capitalistes réactionnaires, fascistes et militaristes. Le clivage est plus proche de ce que l’on connaît aux Etats-Unis, entre Républicains et Démocrates, mais avec un important groupe centriste qui fait très européen.

L’an 570 AF, donc. Le monde a beaucoup changé. Le monde a très peu changé. Trop peu ? On y construit un gigantesque artefact spatial capable d’héberger 70 millions de personnes. Par bien d’autres aspects, ce monde à l’air bien plus proche du nôtre dans le temps et l’on se demande comment certains éléments des plus superficiels d’aujourd’hui sont parvenus à persister si longtemps. Les thèmes de la campagne électorale (la notion même de campagne électorale d’ailleurs) semblent tout droit sortis du 1° siècle AF alors que quatre siècles plus tôt, 3° siècle BF (before Ford) l’Europe est en proie aux affres de la Guerre de 30 ans. Actuellement, nous assistons à une accélération du progrès, mais à termes, les mémoires informatiques pourraient avoir un effet inverse de préservation du passé dans le présent surtout si cet effet entre en résonance avec l’immortalité humaine. Le progrès, en ces temps à venir, ne cesserait de ressasser son passé en permanent mouvement revival ; un passé conserver dans ses moindres détails, les plus superficiels ou les plus triviaux. « …ses Dragibus à l’acide citrique, ses crocodiles en gélatine de véritables os d’animaux, ses Schtroumpfs aux pectines gélifiantes et ses fraises Tagada injectées d’amidons variés (…/…) L’épicerie fine Saveur d’antan poussait le pittoresque très loin… » (p. 488) ou « Elles ont été créées en 261 pour les nanorobots dentifrice Email Diamant, Email Diamant, blancheur virginale » (p. 421). Tout le roman est semé de ce genre d’allusions qui font comme autant de coups de zoom et rapprochent de nous l’an 570 AFT. Ceci dit, il n’est pas du tout certain que nous ne soyons pas aussi perdu ans cet avenir qu’un homme de la Renaissance le serait de nos jours. Ainsi, les humains de ce futur ont tous des implants cérébraux qui se sont développés concomitamment avec leur blastula, mérula, fœtus, jusqu’à l’adulte. « Bonjour, vous êtes bien dans la tête de Lénina, mais là, j’ai l’esprit ailleurs » (p. 333) nous répond la boite mentale du futur. Et ils sont immortels !!

Ils sont immortels. Et ça, ça change tout. Parce que plus rien n’est comme avant. C’est-à-dire qu’ils ne meurent plus de mort naturelle, mais ne sont pas à l’abri d’un accident ou d’un suicide ; meurtre et maladie ayant disparu. Du coup, les enfants aussi ont disparu, ou presque. La famille aussi, à la trappe. Enfin, la famille telle que nous la connaissions. En lieu et place, des cellules familiales, composées avec des membres des diverses strates sociales : alpha, bêta, gamma. La naissance n’ayant rien à voir là-dedans. Ceux qui en ont les moyens adoptent un pupille fabriqué sur cahier des charges dans un couveuse. Cette humanité est devenue vitripare, elle naît in vitro. Ce changement-là est bien plus radical que ce que nous avons pu connaître depuis la Renaissance. Pour qu’un enfant soit fabriqué, il faut qu’un humain ait quitté définitivement la Terre, soit pour l’outre-monde soit pour l’outre-tombe. Il faut respecter un numerus clausus sans quoi il y aurait une inflation démographique qui menacerait de ruiner tout le système. Ça apparaît certes nécessaire, mais ne fait pas que des heureux, de loin s’en faut. «Serez-vous tenté par la vie éternelle ? » Nous est-il demandé en bas de la couverture. Ce monde n’est pas la plus noire des dystopies. Il faut faire des choix, or choisir, c’est renoncer. Mais tout le monde a-t-il bien le choix ? Ce qui fait toute la force du roman d’Antoine Buéno, c’est que ce n’est jamais tout blanc ou tout noir. Ça oscille en permanence entre des millions de niveaux de gris fluctuant sans cesse. Il s’agit quand même d’une société offrant l’immortalité à tout le monde, d’office…

Le Soupir de l’immortel est constitué de vingt tableaux où apparaissent les membres de la cellule familiale de Karl Carnap, candidat centriste et favori à la Présidence Direction Générale du monde. Outre Carnap, la cellule est constitué de son pupille Mao Mach, des bêta John Stuart Minh et Léon Nozick et des gamma Lénina Comte, Aldous Comte, Marx Comte et bien sur Marvin, le domocile, intelligence artificielle tutélaire du foyer . Le roman est construit comme un fix-up sans en être un, certains des tableaux le composant auraient très bien pu être publié indépendamment en anthologie ou en revue. Les liens entre les uns et les autres sont parfois très lâches, tous ne contribuant pas forcément à l’intrigue principale si ce n’est de loin en loin. Par contre, ils dépeignent ce monde par d’innombrables petites touches avec une pléthore de détails qui font émerger un tout remarquablement cohérent et surtout sans longueur ni lourdeur. Le flux principal des péripéties est somme toute fort limité, mais comme il n’est lui-même que prétexte à véhiculer la réflexion, ça importe finalement assez peu. Cette intrigue est d’ailleurs d’une simplicité monacale sans que cela empêche la construction du roman d’être des plus fines.

Histoire d’accrocher d’emblée son lecteur, Buéno démarre sur les chapeaux de roue. Aldous Comte, junkie, commence par assommer sa mère et la sodomiser… dans une partie de jeu virtuel. Le deuxième tableau, outre nous présenter la cellule familiale de Carnap, nous annonce que tout a mal tourné dans les jours qui ont précédé. Les dix-huit suivant expliqueront pourquoi et comment une élection gagnée d’avance finit par être perdue.

Tout ceci, cependant, se déroule derrière le ballet ondoyant des multiples voiles de l’humour. Parce que si Le soupir de l’immortel est un roman politique, c’est aussi un immense roman humoristique. Les traits d’humour jaillissent en permanence, de partout. Antoine Buéno fait flèche de tout bois. Avec un sourire goguenard, il lubrifie un propos grave qui, sans cela pourrait paraître bien aride. Dès le troisième tableau, intitulé « Spiritualité », on plonge dedans. En 570 AFT, la spiritualité, c’est la sexualité la plus débridée. Les églises comme St Nicolas du Chardonnet sont toutes devenues des baisodromes avec même donjon SM en clocher. Pour un candidat à PDG mondiale, « prier », c’est-à-dire sucer, fait partie des figures imposées où tous les média sont là pour couvrir l’événement comme Léon Zitrone à un couronnement. « On dirait qu’il va prier un coup pour se mettre en jambes » (p. 86) Ce thème ne cessera de courir comme un fil rouge tout au long du roman dont certains passages ne sont pas sans évoquer la nouvelle de N. Spinrad : L’Entropie, bébé, quel pied d’acier ! (The Entropic Gang Bang Caper).« Elle avait conduit le petit à son cours hebdomadaire de catéchisme dans la sacristie.C’était là que les enfant étaient initié à la spiritualité.(…/…)Après l’avoir lâché au milieu des pédophiles… » (p. 90) Buéno n’hésite pas à recourir à l’humour le plus grinçant jouant délibérément du mauvais goût pour mettre l’accent sur les changement sociétaux qu’il tient à mettre en exergue. « Les voies du seigneur sont aussi pénétrables que celles de la vierge ! Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes (huxley) avant l’immortalité !)Nous déclare un prédicateur star du stupre dans son show. « La rue Saint-Denis, la rue des chapelles. La plus grande concentration se spiritualité crue de tout la capitale. (p. 264) Dans le tableau suivant où Mao visite la couveuse d’île de France, le directeur de celle-ci se nomme Crick. « Proudhon directeur de la SS et leader républicain » (p. 151). LES PLASTICIENS MAC TROY & NAMARA (p. 175). « Un enfant, ça se customise » (p ; 345) « Léon déchiffra plusieurs titres : Le matin des magiciens, L’écume des jours, …, le triptyque de l’asphyxie. Il n’avait jamais entendu parler des quatre premiers mais le cinquième lui disait quelque chose. » (p. 205) Et pour cause, c’est le précédent roman d’Antoine Buéno. Buéno sera aussi le nom du directeur de l’institut Pasteur dans ce roman où l’on découvrira encore que « le bouton de peyotl a inspiré de célèbres écrivains tels qu’Antonin Artaud, Henri Michaux, Aldous Huxley ou Antoine Buéno » (p. 260) Suite à une violente crise de jalousie envers sa « sœur » (ils sont tous bigenrés, hein !), John Stuart Minh en envoyé en camp de vacances réadaptatives où « la majorité des GI, les Gentils Internés, se promenaient dénudés… (p. 400) et dès la page suivante on a droit à « Yapou, la conscience du Yuan » qui nous renvoi bien sûr à Yapou, bétail humain (Désordres, Laurence Viallet) l’énorme (et lourdingue) trilogie de SF sadomaso du japonais Shozo Numa. Dans le VI, dans le lieu du tout, on visite même le Big Bang et il sera question de brane enroulée (p. 234), clin d’œil à la hard SF. C’est un véritable feu d’artifice, ça pète dans tous les sens.

Dans le tableau XII, Beauté, une réflexion sur l’art transpose la notion de ready made et ce que cela signifiait pour Marcel Duchamp de signer sa « Fontaine » vers les œuvres produites par génie génétique. (p. 423) ou « Quand l’impératif catégorique de la société était de « croire », l’art était religieux. Quand, avec la postmodernité, cet impératif est devenu « vendre », alors, l’art est devenu publicitaire » (p. 409).

Il nous faut revenir au tableau VII, Sécurité, pour se placer en plein cœur du roman, sur son cœur thématique. « Une humanité sans corps humain, c’est ça, l’Humanité élargie, la transhumanité.Alors seulement la révolution surmoderne sera achevée. Alors seulement nous pourrons tirer un trait sur la modernité et la postmodernité. Nous enrayerons les trois révolutions coperniciennes sur lesquelles sont fondées la modernité et la postmodernité. Freud a ravalé la conscience au rang d’illusion, nous avons donné conscience au moindre grille-pain. Darwin a chassé l’homme de l’origine de la création, nous avons pris le relais de l’évolution. Copernic, enfin, a chassé la Terre du centre de l’univers, et nous étendons la terre à l’échelle de l’univers !» (p. 229). « L’homme pourra être partout chez lui ! Et il se répandra dans l‘univers comme une nuée de sauterelles sur un champ de blé ! (p. 228). On retrouve la des choses telles qu’on a pu les lire presque mos pour mots dans l’essais de Jean-Michel Besnier : Demain, les Posthumains. Le futur a-t-il encore besoin de nous ? (Hachette). Là, on entrevoit, à travers ce credo positiviste qui dans le roman est le discours de Proudhon et des Républicains, les raisons du choix des noms de la plupart des personnages : Comte (Auguste), Carnap, John Stuart Mill. Il faudrait être bien meilleur connaisseur de la philosophie du XIX° siècle que je ne le suis pour mettre à jour le canevas auquel ces choix ont présidé. Je reste également dubitatif quant à savoir pourquoi certains personnages ont, eux, des noms célèbres dans le monde la physique quantique : le chef démocrate se nomme Schroedinger, la directrice du minicul (ministère des cultes) Heisenberg, il y a un/une (profitons du bigenrage) Dirac aussi quelque part.

A partir d’une situation politique qui est celle que nous connaissons, Antoine Buéno nous entraîne à sa suite dans une réflexion sur la manière dont il serait peut-être possible d’approcher la Singularité. Rien de moins. C’est dire l’énorme ambition du propos. Il nous manipule à travers l’intrigue pour nous amener aux idées qu’il tient à nous faire partager, approcher, toucher du doigt. Le soupir de l’immortel est un roman de partage. A travers le livre, l’auteur semble avoir envie de nous inviter à réfléchir dans cette direction, il nous aide à nous poser des questions qui pourraient être les bonnes quant à un futur qui est de moins en moins loin mais sur lequel on semble cruellement manquer de vue.

On l’a dit. Le Soupir de l’immortel est un roman foisonnant, énorme, goguenard, déjanté, profond, monstrueux, jubilatoire, mais c’est tout sauf un roman écrit juste pour le fun. Paru totalement en dehors des lieux habituels de la SF, il n’en est pas moins un pur livre de SF qui pourrait manquer une partie de son public comme ce fut le cas de L’arme d’amour de la cantatrice Isabelle Sabrié, publié chez Nicolas Philippe qui a édité aussi Spectateurs, le deuxième roman d’A. Buéno. Ce serait vraiment dommage. Le soupir de l’immortel a été assez abondamment mis en place en librairie, on l’y trouve encore facilement, il faut en profiter au plus vite. Il va sans dire que cet ouvrage est entre tous une priorité. J’avais dit de Ptah Hotep qu’il était une splendeur pour ses mots, ses sons, sa poésie ; de Mat de Ronan Brennan qu’il était remarquable pour sa narration et l’exposition des personnages ; Le soupir de l’immortel est tout aussi bon mais c’est en raison de l’intérêt des problématiques qu’il évoque.

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